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MARS VESURS POINT SUPREME 

LA CITÉ D'ARCHITECTURE 31 MAI 2024

Soirée-débat inaugurale de la saison 1-2024, Richard Scoffier présente les architectes Marianna Rentzou et Konstantinos Pantazis de Point Supreme, et Julien Broussart, Raphaël Renard et Sylvain Rety de Mars et les invite à débattre. 

Mais qu’est ce qui peut bien rapprocher ces 3 praticiens français à la production très hétérogène - allant d’un gymnase, dont les différentes parties s’articulent de manière presque baroque, à la réhabilitation d’un immeuble conceptuel culte des années 80, en passant par l’implantation d’une construction japonisante sur la dalle d’un parking perdu au fond d’une cour parisienne - de ce couple d’architectes grecs qui, outre la réalisation de leur maison à Athènes, ont transformé de nombreux espaces en friche en autant d’intimités envoûtantes et vénéneuses, avant de participer récemment à la conception de l’IMVT à Marseille ?

Quelques similitudes surgissent d’emblée, notamment la manière dont ils se sont formés : des études à l’ École Paris la Seine, suivies par des années d’agence chez Nouvel, Sanaa et 2/3/4 pour les membres Mars ; un cursus à l’Université Polytechnique d’Athènes complété par un exil à Rotterdam chez OMA et MVRDV pour Point Suprême. Puis, dans les deux cas, des concours internationaux ouverts aux jeunes praticiens et des associations avec des agences ayant pignon sur rue. Mais ce qui les lie vraiment, c’est certainement leur rapport à la contemporanéité. Quiconque parcourt attentivement leurs travaux est rapidement frappé par l’inactualité de leurs démarches, ce concept que développe Giorgio Agamben dans son livre Qu’est-ce que le contemporain ? à partir d’un aphorisme de Nietzche... En effet, les uns comme les autres (tous nés entre 1975 et 1979) ne cherchent pas, contrairement la plupart de leurs confères du même âge à se focaliser sur le présent, à construire des structures équipées et flexibles ou à expérimenter des matériaux durables et des démarches vertueuses... Ils ont su instaurer une distance face à l’agitation contemporaine, une volonté de s’inscrire dans l’épaisseur du temps, de replonger à chaque projet dans des strates enfouies de l’histoire de l’art et de l’architecture : le système haussmannien, les courbes borrominiennes, la maison japonaise, le post-modernisme, les monuments testamentaires de Louis-Étienne Boullée, pour les uns ; l’univers de John Soane, les espaces saturés et hyper-ritualisés des églises orthodoxes, les accumulations des artistes du Nouveau Réalisme, les multiples traditions constructives de l’architecture vernaculaire grecque, pour les autres...

 

AMBIGUÏTÉ ET SATURATION

Une indéniable ironie plane sur les productions de Mars. Elles témoignent d’une réelle imprégnation du premier livre de Robert Venturi, De l’ambiguïté en architecture... On la constate ainsi à Choisy-le-Roi dans la liaison organique entre la halle de sport en lamellé-collé et les blocs recouverts d’aluminium de ses annexes mais aussi dans leurs projets qui comme Janus, le dieu antique des portes et des seuils, possèdent deux visages opposés. Ainsi la sous-préfecture de Massy se présente-t-elle comme une porte monumentale depuis la route montant de la vallée de l’Yvette pour mieux s’ouvrir comme un jardin persan sur le plateau de Saclay et son campus. De même, leur intervention dans une cour anonyme du boulevard de Picpus se donne, d’un côté, comme un grand meuble dressé au milieu de plantations luxuriantes ; de l’autre, comme une construction d’une blancheur aveuglante. Ailleurs, au Collège Anne Frank d’Anthony, Julien Broussart, Raphaël Renard et Sylvain Rety ont su remonter aux règles génératives oulipiennes établies par Jean Nouvel : après avoir restauré la structure en béton ils ont savamment surenchéri, en ajoutant comme sur une partition musicale des notes aux notes et des signes aux signes selon des protocoles très précis.

Quant à Marianna Rentzou et Konstantinos Pantazis, ils semblent partir de la modernité ludique et décomplexée des années cinquante/soixante, exacerbée par Rem Koolhaas et Elia Zenghelis dans les premiers projets d’OMA. Une modernité qu’ils ont su, avec un certain sadisme, mettre à l’épreuve du savoir-faire artisanal local comme le préconise inlassablement Kenneth Frampton dans la plupart de ses ouvrages : leur maison à Petralona en est l’exemple le plus abouti... Leurs nombreux aménagements intérieurs athéniens se composent d’assemblages des matériaux les plus divers et se remplissent d’objets artistiquement dépareillés. Ces espaces saturés, à des années lumières de l’hygiénisme moderne, semblent avoir été conçus pour illustrer le syndrome de Diogène, cette pathologie qui pousse certaines personnes à tout conserver chez elles jusqu’à rendre leur habitation inhabitable... C’est le travail opéré sur cette pulsion morbide pour libérer son potentiel créatif - rappelant recherches théoriques de Salvador Dali et de Jacques Lacan sur la paranoïa critique - qui semble, sans conteste, le mieux qualifier leur démarche...

 

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