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LES ÉLÉMENTS DE LA VILLE

CONFÉRENCES ACCUEILLI À L'ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE PARIS-MALAQUAIS - 2026 PAVILLON DE L'ARSENAL

Abordons la ville sans a priori, sans hiérarchie : en recensant simplement ses composants et en remontant leur généalogie, comme nous l’avons fait les années précédentes à propos des éléments de l’architecture. Ce ne sera pas un cours d’histoire de l’urbanisme mais une série d’études comparatives sur les éléments constitutifs du phénomène urbain qui se retrouvent dans toutes les cultures, dans toutes les civilisations. Nous aborderons ainsi successivement, à la manière d’un inventaire à la Prévert : la place, la rue, le pont et le quartier... La place, cette grande ouverture d’espace à travers laquelle la ville se représente face à ses habitants comme à ses visiteurs... La rue, cette faille neutre séparant des domaines privés fermés sur eux-mêmes et parfois inconciliables, un espace partagé qui cherche à devenir un espace commun ou public mais qui peut à tout moment basculer et s’affirmer comme une zone de conflit... Le pont où les rivières et les fleuves sont cadrés et mis en scène comme les éléments fondamentaux d’une nature asservie mais indomptée toujours prête à se révolter pour tout envahir, tout dévaster... Le quartier à travers lequel toutes les villes, même les immenses mégalopoles contemporaines, se mettent à l’échelle de leurs habitant les plus fragiles...

​Commençons par la place, ce grand moule qui permet aux foules hétérogènes de se constituer en un corps social homogène. Un lieu de rituels festifs comme la Piazza del Campo à Sienne ou d’exclusion tragique comme l’ancienne Place de Grève à Paris où étaient exécutés et parfois suppliciés les condamnés, mais le plus souvent une scène favorisant les mondanités, un salon à ciel ouvert ou un théâtre dans lequel les passants se mettent eux-mêmes en scène... Elles peuvent parfois être considérées comme des édifices en négatif : des vides carrés, circulaires ou octogonaux comme les places royales parisiennes des Vosges, des Victoires ou Vendôme... Elles peuvent aussi former des séquences comme la stupéfiante articulation d’espaces publics parfaitement dessinés à Nancy menant de la place de la Carrière à la place Stanislas... Mais elles peuvent encore s’affirmer comme du vide dans du vide, uniquement déterminées par leur sol, telle la promenade du Peyrou à Montpelier qui s’élance sur son socle dans le grand paysage ou la place de la Concorde à Paris délimitée par des fossés au XVIIIe siècle et entourée par la Seine, le jardin des Tuileries et le départ de l’avenue des Champs Élysées. Une leçon sans doute bien retenue par Oscar Niemeyer quand il projettera la place des Trois-Pouvoirs à Brasilia... Des espaces aussi comme à Rome, Lucques et Istanbul où les traces de grands équipements antiques - cirque, amphithéâtre, hippodrome - refont surface, transfigurés, pour mettre la ville en relation directe avec un passé parfois oublié ou diabolisé...

COURS #1 : LA PLACE

 Samedi 14 février de 11h à 13h ​

La rue : c’est l’interstice entre les constructions privées des villes spontanées, un espace sans statut qui n’appartient à personne et dont l’utilisation doit être impérativement négociée en permanence avec le voisinage. Mais ce peut être aussi à l’inverse un espace réglementé et dessiné dans lequel la ville planifiée met au premier plan la vie sociale : un corridor à ciel ouvert pour circuler, mais aussi se rencontrer et échanger, qui peut se recouvrir et se transformer en galerie ou en passage. Dans la première catégorie, nous trouvons les rues des cités médiévales mais aussi celles des favelas contemporaines ; dans la seconde, les alignements de palais d’Unter der Linden à Berlin ou la rue de Rivoli à Paris dont les façades néo-classiques ont-été élevées pour assurer une continuité urbaine avant même d’être loties et habitées... Pour terminer nous reviendrons sur deux questions. Comment la rue devient ville ? Question posée par les projets de villes linéaires de Soria Y Mata et des Désurbanistes Russes, mais aussi par celui d’Évry 1 porté entre autres par l’AUA et Ricardo Bofill... Comment la rue devient bâtiment ? Un thème développé par Christian de Portzamparc dans l’immeuble de la rue des Hautes-Formes à Paris...

COURS #2 : LA RUE

 Samedi 14 mars de 11h à 13h ​

Dans les villes établies en bordure des fleuves, les ponts assurent les continuités urbaines par-dessus ces puissances domestiquées qui persistent cependant dans leur mature de césure. Ainsi au Moyen-âge ces ponts portaient-ils des habitations pour connecter comme des rues normales les deux rives des cités divisées et pour affirmer la résilience de l’urbain face au traumatisme de ces limites naturelles. Mais ce sont aussi des lieux de resserrement et de trafics intenses, des portes où se pressent un grand nombre de clients potentiels permettant à toutes sortes d’activités de se développer comme en témoignent encore aujourd’hui le Ponte Vecchio à Florence... Ils peuvent aussi être considérés comme des monuments à l’image de la proposition de Palladio pour le pont du Rialto à Venise dont de multiples variantes ont essaimé en Angleterre au cours du XVIIIe siècle. Une monumentalité que nous retrouvons dans une autre civilisation : à Ispahan dans le pont-palais Si-o-Se Pol sur le Zayandeh Rud avant son asséchement où les habitants de la ville venaient trouver les soirs d’été une fraîcheur bienvenue... Les ponts peuvent aussi permettre à des statues de rappeler une scène primitive devant un public toujours renouvelé, ainsi celles sculptées par Jan Brokoff sur le Pont Charles à Prague interprètent silencieusement le martyre de Charles Borromée... Tous ces ponts ont été considérés après Napoléon comme des axes de circulation, mais l’imaginaire qu’ils ont contribué à développer continue de hanter les architectes. En témoignent le triple pont de Josef Plečnik à Ljubljana, le projet de pont habité de Yona Friedman pour Shanghai ou le pont-équipement récemment livré par OMA et Rem Koolhaas à Bordeaux.

COURS #3 : LE PONT

 Samedi 14 mars de 11h à 13h ​

Le quartier est la première unité dans laquelle l’occupant d’une ville est plongé en immersion complète. Avec ses rues, ses commerces, ses artisans, ses équipements, ses monuments, ses lieux de cultes, ses places... il intercède entre les êtres humains qui vivent dans son emprise et la ville qui s’étend autour d’eux et qu’ils ne peuvent jamais, quelle que soit sa taille, appréhender physiquement dans sa totalité... Comme un arbre qui cache la forêt, le quartier peut s’affirmer telle une véritable ville dans la ville... plus calme, plus belle, plus enracinée dans une histoire fantasmée : ainsi la Nouvelle Athènes aménagée au nord de Paris au début du XIXe siècle, un milieu romantique édifié autour de l’idée d’une antiquité retrouvée... Aménager un quartier permet aussi de jouer sur les contrastes, comme l’avait bien compris le Corbusier en confinant son Plan Voisin dans une partie du centre historique de Paris pour mieux frapper les esprits. Mais c’est aussi un laboratoire idéal pour imaginer « in vitro » de nouvelles manières de penser la ville : ainsi Christian de Portzamparc a-t-il conçu le quartier Masséna à Paris et Patrick Chavannes celui du Trapèze à Boulogne-Billancourt... Faire quartier... une question qui reste au coeur de tout projet d’architecture même le plus modeste comme en témoigne la démarche d’Henri Ciriani et sa théorie de la « pièce urbaine » : un immeuble résidentiel capable de se constituer comme un milieu favorable au développement de ses habitants... Une réflexion mise en pratique notamment dans l’ensemble de la Noiseraie à Marne-la-Vallée et dans l’immeuble d’angle à Saint-Denis...

COURS #4 : LE QUARTIER

 Samedi 14 mars de 11h à 13h ​

© 2026 Richard Scoffier

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